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Le split sheet : s'accorder avant de sortir un morceau

Qui a écrit quoi, qui touche combien ? Le split sheet fixe la répartition entre collaborateurs avant qu'elle ne devienne un conflit : contenu, méthode.

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Un split sheet est un document court, signé par toutes les personnes qui ont participé à l'écriture d'un morceau, qui fixe la part de chacune dans les droits d'auteur. Il se remplit idéalement le jour de la session, et au plus tard avant la sortie. C'est lui qui sert ensuite à déclarer l'œuvre à la SACEM, et il t'évite la discussion la plus pénible qui soit : se disputer sur un titre qui commence à marcher.

À quoi sert un split sheet

Quand plusieurs personnes écrivent ensemble, la répartition paraît évidente sur le moment. Six mois plus tard, chacun se souvient surtout de sa propre contribution. Le split sheet fige l'accord tant que tout le monde est encore d'accord. Il sert à :

  • déclarer l'œuvre avec les bonnes parts auprès de la SACEM ou de la société de gestion de chaque co-auteur ;
  • renseigner les crédits envoyés au distributeur ;
  • prouver l'accord en cas de désaccord ultérieur ;
  • débloquer une synchro : un superviseur musical veut savoir rapidement qui détient quoi avant de placer un titre dans une pub ou un film.

Si tu n'es pas encore familier de la déclaration d'œuvres, commence par notre guide sur la SACEM et la déclaration de tes morceaux.

Ce qu'un split sheet doit contenir

  • Le titre du morceau (et le titre de travail s'il est différent) et la date de la session.
  • Pour chaque participant : nom légal, pseudonyme, coordonnées.
  • Son rôle : paroles, musique, topline, arrangement.
  • Son pourcentage sur l'œuvre, le total devant faire 100 %.
  • Sa société de gestion (SACEM ou étrangère) et son numéro de membre s'il en a un.
  • Son éditeur éventuel.
  • La mention des samples ou interpolations utilisés, s'il y en a.
  • La signature et la date de chacun.

Une signature électronique ou un échange de mails où chacun confirme explicitement le tableau vaut mieux que rien. L'essentiel est de pouvoir montrer que tout le monde a validé les mêmes chiffres.

Comment répartir les parts

Il n'existe aucune règle légale de partage : c'est un accord entre vous. Quelques pratiques courantes :

Le partage à parts égales

Tout le monde dans la pièce reçoit la même part, quelle que soit sa contribution. Simple, rapide, et ça préserve l'ambiance de la session. Fréquent dans les groupes et les sessions d'écriture collectives.

Le partage paroles / musique

On partage d'abord l'œuvre en deux moitiés, texte et musique, puis chaque moitié entre ceux qui y ont contribué. Par exemple, si une personne a écrit tout le texte et deux personnes la musique : 50 % pour l'auteur, 25 % pour chaque compositeur. Une topline (mélodie de voix) compte en général côté musique, ce qui mérite d'être discuté.

Le partage selon la contribution

Chacun reçoit une part en fonction de ce qu'il a réellement apporté. Plus juste en théorie, plus délicat en pratique : décidez-en ensemble, à froid, et notez-le.

Un exemple concret

Trois personnes en session : Léa écrit tout le texte, Sami compose la prod, Nora trouve la mélodie du refrain. Avec un partage paroles / musique, Léa reçoit 50 %, et la moitié musique se partage entre Sami et Nora, par exemple 30 % et 20 % si c'est ce qu'ils décident ensemble. Avec un partage égal, chacun a un tiers, soit 33,34 %, 33,33 % et 33,33 % pour tomber pile sur 100 %. Les deux options sont valables : ce qui compte, c'est que les trois signent le même tableau.

Avec un beatmaker dont tu as acheté la prod, sa part de composition est souvent prévue dans la licence. Relis-la avant de remplir le split sheet : notre article sur les licences simples et exclusives détaille ce point.

L'œuvre et le master : deux partages différents

Le split sheet porte sur l'œuvre, c'est-à-dire la composition et les paroles. Les revenus de l'enregistrement (le master), versés par ton distributeur, se partagent selon un autre accord. Un featuring peut par exemple avoir 30 % de l'œuvre parce qu'il a écrit son couplet, et un pourcentage différent du master selon ce que vous avez négocié. Ce second partage se règle dans un contrat : vois les points clés d'un contrat de featuring. Les interprètes ont aussi leurs propres droits voisins, indépendants du split sheet.

Quand et comment le faire, en pratique

  1. Annonce-le avant la session : « on remplit le split sheet à la fin ». Personne n'est pris de court.
  2. Remplis-le à la fin de la session, quand chacun a encore en tête ce qu'il a apporté.
  3. Si le morceau évolue (nouveau couplet, nouvelle prod), mettez le document à jour et faites-le re-signer.
  4. Envoie une copie à chacun et range l'original avec les fichiers du projet.
  5. Déclare l'œuvre avant la sortie, avec exactement les mêmes parts.

L'IRMA propose des ressources sur les droits des artistes si tu veux approfondir, et la SACEM détaille sur son site les informations nécessaires à une déclaration.

Les erreurs à éviter

  • Le « on verra plus tard » : c'est précisément ce que le split sheet doit remplacer.
  • Un total qui ne fait pas 100 % : la déclaration sera bloquée.
  • Oublier quelqu'un qui a proposé une ligne de texte ou une mélodie de voix.
  • Mélanger œuvre et master dans un même pourcentage flou.
  • Ignorer un sample : s'il n'est pas autorisé, les parts de tout le monde peuvent être remises en cause.

Questions fréquentes

Un split sheet a-t-il une valeur juridique ?

C'est un accord écrit et signé entre les participants, qui peut servir de preuve en cas de litige. Il ne remplace pas un contrat complet pour les questions de master ou d'exploitation, mais il fixe clairement la répartition de l'œuvre.

Que faire si un co-auteur refuse de signer ?

Discutez-en avant la sortie, pas après. Si le désaccord persiste, ne déclare pas l'œuvre avec des parts qu'il conteste : demande conseil à ta société de gestion ou à un juriste spécialisé.

Faut-il un split sheet quand on écrit seul sur une prod achetée ?

Oui, dès que deux personnes ont contribué à l'œuvre, et le beatmaker en fait partie. Ta licence fixe souvent sa part : reporte-la dans le split sheet pour que la déclaration soit cohérente.

Pour aller plus loin